ès une lutte acharnée et un duel final pénible et affreusement long, le Parti Socialiste a officiellement désigné son Premier Secrétaire. Cette course aura au moins eu le mérite de s'être déroulée de façon démocratique, même si des doutes persistent encore ici et là, il faut bien l'avouer, en raison du très faible écart de voix entre les deux candidates au second tour (102 voix sur 137000 votants).
Quoi qu'il en soit, après un Congrès de Reims laborieux, c'est finalement une Première Secrétaire, en la personne de Martine Aubry, qui a été élue par un peu plus de 50% des militants socialistes et c'est la première fois qu'une femme accède à ce poste.
Martine Aubry, née Martine Delors, actuelle Martine Brochen (il faut suivre !), a vu le jour le 8 août 1950 à Paris XVIIe. La fille de Jacques Delors (ministre des finances du Président Mitterrand puis président de la Commission européenne) est diplomée en 1972 de l'Institut d'études politiques de Paris et de l'École nationale d'administration en 1975. A la sortie de l’Ena, elle choisit une affectation au Ministère du Travail et des Affaires sociales. Elle participe au cabinet de Jean Auroux sous François Mitterrand. Entre 1989 et 1991, elle travaille dans l’entreprise Pechiney où elle occupe des fonctions dirigeantes.
En 1991, elle est nommée ministre du Travail, de l'Emploi et de la Formation professionnelle par Edith Cresson et est reconduite à ce poste par Pierre Bérégovoy jusque mars 1993. En 1995, le maire de Lille, Pierre Mauroy, la nomme première adjointe à la mairie de Lille pour lui permettre de s'implanter dans le département du Nord.
Les fonctions importantes s'enchaînent ensuite pour Martine Aubry qui, en 1997, est élue députée de la 5e circonscription du Nord et nommée ministre de l'emploi et de la Solidarité dans le gouvernement de Lionel Jospin. Elle met en place la principale promesse du Premier ministre : la lutte contre le chômage (plus de deux millions de chômeurs) avec la création d'emplois en mettant en œuvre plusieurs dispositifs publics et notamment les 35 heures.
Depuis 2001, elle n'hésite pas à jouer sur de nombreux tableaux : élue Maire de Lille cette année-là, elle devient ensuite présidente de l'Institut Pasteur de Lille, présidente du CHRU de Lille, présidente de Lille 2004 Capitale européenne de la culture, membre du bureau national du Parti Socialiste, présidente de la communauté urbaine de Lille, elle est réélue à la Mairie de Lille avec 66,5% au second tour (suite à une alliance avec les Verts et le Modem) et, enfin, désignée Première Secrétaire du Parti Socialiste.
Le secrétariat national regroupe les personnalités les plus influentes du parti, ce sont celles-ci qui définissent les lignes directrices de la politique du parti. Le nouveau secrétariat national mis en place par Martine Aubry respecte pour la première fois totalement la parité hommes-femmes, compte 20% de représentants des "minorités visibles" et comporte 60% de nouveaux visages. D'autre part, 40% de sa composition ont moins de 40 ans. Notons qu'aucune personnalité du secrétariat n'est un proche de Ségolène Royal, candidate malheureuse du 2e tour de l'élection du Premier Secrétaire. Martine Aubry affirmant que cette dernière avait refusé toute collaboration dans ce sens, mais elle-même prétendant l'inverse...
Martine Aubry est donc à la tête du secrétariat national. Elle est entourée par Arnaud Montebourg (chargé de la rénovation), François Lamy (conseiller politique), Harlem Désir (chargé de la coordination) et Benoit Hamon (porte-parole).
8 secrétariats organisationnels ont été formés pour s'occuper du fonctionnement interne du parti : relations extérieures pour Claude Bartolone, animation et développement des fédérations pour Alain Fontanel, communication pour François Lamy, etc). Comme pour les autres secrétariats, ces postes ont été confiés à des proches de Martine Aubry, de Bertrand Delanoë ou de Benoît Hamon.
29 secrétariats thématiques ont également été organisés. Sorte de "cabinets de l'ombre" ou membres d'un "gouvernement fantôme", ils sont là pour s'opposer au mieux au gouvernement du pays en reprenant les thèmes de l'économie (pour Michel Sapin), des relations internationales (Jean-Christophe Cambadélis), de la Justice (André Vallini), du service public (Razzy Hammady), etc.
La première secrétaire s'est entourée de trois autres conseillers : Didier Migaud, président de la Commission des Finances de l'Assemblée nationale, Gilles Pargneaux, premier fédéral du Nord, et l'historien Alain Bergounioux (relations avec les Fondations).
Une nouvelle structure, le "Laboratoire des idées", est présidée par le député Christian Paul. Autre innovation, le "Forum des territoires" est présidé par la députée Marylise Lebranchu, proche de Mme Aubry.
Téléchargez (format PDF) la nouvelle composition complète du Secrétariat National ici
Dans cette enquête parue dans Libération, une très large
majorité (63 %) des sondés estime que Martine Aubry et Ségolène Royal
vont avant tout "privilégier leurs ambitions personnelles". Seulement 25% considèrent que les deux personnalités vont "faire avancer ensemble le Parti socialiste". (Enquête réalisée les 4 et 5 décembre auprès de 1005 français majeurs).
Selon un autre sondage, réalisé par Ipsos auprès des Français (la question posée n'étant plus alors "Qui serait le plus présidentiable ?" mais "Avez-vous une bonne opinion de... ?"), la côte de popularité de Martine Aubry a gagné 6 points, passant de de 45 à 51% suite à son élection . Celle de l'ancien premier secrétaire François Hollande augmentant aussi de huit points à 38%.
Son opposante interne, Ségolène Royal, a en revanche de plus en plus d'opinons défavorables, en hausse de quatre points à 59% chez l'ensemble des Français après avoir contesté la légitimité de la nouvelle direction du PS.
Le maire de Paris Bertrand Delanoë reste la personnalité politique préférée des sympathisants du PS avec 75% d'opinions favorables (+3) devant Martine Aubry qui réalise un bond spectaculaire de 11 points à 71% et Olivier Besancenot (65%, -4). (Enquête réalisée les 5 et 6 décembre auprès de 967 français majeurs).
C.D.